Opinion

Il faut qu’on parle de diversité corporelle à la télé

Par Mali Navia. Il y a 2 ans

Quelles séries mettent en scène des personnages aux corps différents?

C’est un fait connu : la télévision est l'un des médias qui produit et reproduit les normes. Elle a une influence immense lorsque vient le temps d’évaluer ce qui est «normal» ou pas, et les corps en font partie. Il s’agit d’un immense pouvoir. Ce n’est pas nouveau, me direz-vous. Je le sais bien, mais si on pense à comment ça influence notre façon de considérer le corps féminin, ça me choque. En grandissant, nous avons été confrontées à une définition très restreinte et calculée de la beauté. J’écris ce texte parce que je suis convaincue que cette « définition » nous affecte plus profondément que l’on ne le croit.

 

N.B. Je suis une femme, je ne peux donc pas parler au nom des hommes. Mais je crois que la télévision est plus exigeante envers notre apparence. Je ne dis pas qu’il n’y aucun impact négatif sur la vision du corps de ceux-ci. Je constate simplement que les hommes ont le droit d’être « ronds et attirants » depuis plus longtemps.

 

Dans le réel, on se le fait répéter haut et fort depuis l’enfance : « Mais elle n’est pas vraie cette fille-là, c’est arrangé avec le gars des vues! ». Et bien, « le gars des vues » a le dos beaucoup trop large et ne semble pas s’être ajusté au discours populaire. Pourquoi ça me dérange autant? Parce que même si on est conscient du problème, on en est probablement victime quand même. Cette image, ce mirage, a atteint notre inconscient collectif : on sait que c’est faux, poli, plus saturé, plus filtré, mais quelque part en dessous de notre gros bon sens, se cache une naïveté qui nous fait y croire quand même. On se croit hors d’atteinte et puis un jour, dans un moment de vulnérabilité ou de doute, on a pour réflexe de se comparer à ce que l’on considère faux. Alors on perd, inévitablement.  

 

Au-delà de l’impact que la télé a sur la vision de son propre corps, ça affecte aussi le regard des autres. Nous sommes conditionnés pour être attirés vers un certain type de corps et comme dans toutes les diversités mal démontrées, ça crée des groupes qui se sentent oubliés. 

 

Certes, on en remarque de plus en plus de cette diversité, et on peut qualifier cette évolution de « rafraîchissante ». Mais ce n’est qu’une infime brise en pleine canicule. Il semble y avoir un considérable bout de chemin à parcourir pour en arriver à une représentation saine du corps féminin. Et par « saine » je veux dire « variée ». J’en constate encore le manque. 

 

Afin de faire un peu de renforcement positif, voici quelques suggestions de séries contemporaines qui brisent le culte du corps tel qu’on le présente habituellement.  

 

LE TEST NAVIA-LALONDE 

En se basant sur le Test de Bechdel, voici un test (également inspiré du Test Kraszczynski) qui pourrait évaluer la diversité corporelle au petit écran :

 

1. Doit mettre en scène des personnages aux corps différents

2. Les intrigues et dialogues ne doivent pas tourner autour des aspects physiques de ceux-ci (ex : l’actrice principale a quelques livres en trop et elle parle toujours d’à quel point elle aimerait les perdre)

3. Les personnages tombent amoureux ou sont attirés par des personnages aux corps « hors-normes » 

 

Girls, Transparent et The Mindy Project

(En opposition à New Girl, Modern Family et Sex and the City

 

(Photo : The Mindy Project) 

 

Ces séries répondent aux trois critères. Bon, dans le cas de Mindy Lahiri (The Mindy Project) ses « livres en trop » sont souvent un sujet de conversation. Toutefois, je laisse passer puisqu’elle finit toujours par ne rien changer à sa personne malgré la récurrence du propos. Et chapeau à Lena Dunham qui a défié BEAUCOUP de normes établies en présentant des corps des femmes réalistes, en l'occurence le sien. Girls est une série très blanche, donc elle ne passerait pas le Test Kraszczynski (ce qui est très dommage d'ailleurs), mais elle passe assurément le Test Navia-Lalonde!

 

Orange is the New Black, Unité 9 et Wentworth

(En opposition à : Suits, Desperate Housewives et The Good Wife)

(Photo : Orange is the new black)

 

Peut-être est-ce parce que la série se passe dans le milieu carcéral et non dans un bureau d’avocats de Manhattan, mais il me semble que pour la diversité corporelle c’est réussi. On n’y parle tout simplement pas du corps, mais on en montre de toutes les formes. Et dans ces trois séries, la diversité culturelle est aussi bien présente. 

 

Degrassi – Nouvelle génération, Radio Enfer, Glee 

(En opposition à : Riverdale, 90210, Vampire Diaries et Le Chalet)

(Photo : Radio Enfer)

 

Pour une fois, des séries pour ados qui montrent de tout! J’ai tenté d’en trouver une plus moderne, mais il semble que du côté des séries jeunesse ça va de mal en pis… Il faut tout de même noter que dans Radio Enfer, bien que Camille avait un corps différent de celui de Maria, il y avait tout de même des blagues sur le poids de Jean-Lou. On comprend que c'est de l'humour, mais ça ne passe pas le test... Pour ce qui est de Glee, il y a de bons exemples de diversités corporelle, culturelle, sexuelle et de personnages en situation d'handicap. 

 

Il est grand temps de montrer aux jeunes (femmes et hommes) que tous les corps existent et qu’ils font tous partie de ladite norme. Je souhaite une télé qui montre des corps de toutes les tailles et de toutes les formes : des minces, des maigres, des rondes, des très rondes, des musclées, des carrées, des petites, des moyennes et des grandes. Ma solution? Ne parlons plus des corps. Éliminons les dialogues de femmes qui se trouvent 1001 défauts corporels. Faisons en sorte que la norme soit de parler d’autre chose que de sa taille. Je sais qu’il y a des centaines de nuances à observer sur le sujet. En mon sens, il s’agit d’un travail société. J’ose croire qu’il est possible d’offrir une définition plus complexe de la beauté et que celle-ci devienne la norme. 

 

Avec la collaboration de Catherine J. Lalonde 

Partager