Entrevue

5 questions à un expert de Bleu Nuit

Par Catherine J. Lalonde. Il y a 2 ans

Les 30 ans de l'émission érotique

Quel Québécois n'a jamais regardé avec curiosité (et subtilité) Bleu Nuit, la fameuse programmation de fin de soirée de TQS? Les films érotiques étaient diffusés le samedi soir vers 23h30 ou minuit et étaient généralement regardés dans le noir... 

De 1986 à 2007 (oui oui, si tard!), cette émission coquine a existé sur l'ancêtre de V. Si vous savez bien compter, vous réalisez donc que cet automne, c'était le 30e anniversaire de Bleu Nuit

Ne reculant devant rien (je travaille quand même à côté des ceux qui font l'émission Sexplora), j'ai posé cinq questions à Éric Falardeau, l'un des auteurs du livre Bleu nuit, histoire d'une cinéphilie nocture, paru il y a deux ans. Cet auteur, réalisateur et écrivain est également étudiant au doctorat sur la représentation de la sexualité masculine dans le pornographie. 

 

Pourquoi écrire un livre sur Bleu Nuit?

(Photo : Éditions Somme Toute)

En discutant avec des amis sur les écrits au sujet de la porno dans le monde, on a réalisé que Bleu Nuit était bel et bien ancré dans la culture populaire québécoise, que tout le monde en était un peu nostalgique, mais que personne n'avait jamais écrit là-dessus. On a donc créé le livre qu'on avait envie de lire. C'est un collectif fait par des gens de différents âges. Pour la plupart d'entre nous, le premier contact avec la pornographie a eu lieu avec Bleu Nuit. On a aussi réalisé que Bleu Nuit avait été un peu l'ancêtre de la télé-réalité et de certaines séries américaines, ou même celles de Podz, où on voit des scènes beaucoup plus explicites que ce qu'on voyait avant à la télé. 

 

Qu’est-ce que l'émission Bleu Nuit représente dans la culture populaire?

(Photo : Bleu Nuit / TQS) 

Ça représente surtout une expérience. Et on a mis l'accent là-dessus. C'était l'expérience du samedi soir devant la télé. Les jeunes faisaient semblant de regarder autre chose, mais se cachait pour voir Bleu Nuit. Ensuite, ils en parlaient entre eux. Ça a créé un espèce de mythe autour de cette émission. Mais c'est surtout un rituel télé parce que tout le monde ou presque se souvient d'avoir regardé ça, mais peu de personnes se rappellent vraiment des films. 

 

Est-ce que c’était une bonne programmation?

(Photo : Film Emmanuelle)

C'est surprenant, mais oui, au départ il y a eu des productions de qualité. Au début c'était surtout les films de répertoire du cinéma européen. Il y avait une esthétique de la mise en scène érotique. C'était bon! Après il y a eu des téléfilms français, puis américains. Il y a eu aussi des thriller dans la vague de Basic Instinct. Mais ensuite, Bleu Nuit nous a habitués aux reprises. On a vu des dizaines et des dizaines de fois les mêmes films. 

Et c'est sûr qu'il y avait beaucoup de clichés et de surutilisation de codes, mais ça, c'est comme dans tous les autres genres cinématographiques. Mais vous serez peut-être surpris d'apprendre que TQS a présenté, dans le cadre de Bleu Nuit, une série de films qui s'adressaient aux femmes comme consommatrices de porno. 

Je pense surtout que l'héritage de Bleu Nuit nous a préparés à des séries comme Sex and the city ou Girls où on parle de sexe et où on voit de telles scènes. 

 

C’était quoi les critères pour que ça passe à la télé?

(Photo : Film Emmanuelle)

Dès les années 80, la programmation de Bleu Nuit était typiquement érotique. Il y avait des scènes de fesses aux 15 minutes, de la nudité, une contruction narrative. Mais le critère le plus important pour que ça passe à la télé c'était... que ça ne coûte pas cher! On a présenté, par exemple, des films pornos qui étaient remontés pour devenir des films érotiques. Ça c'était courant. Mais on allait vraiment vers ce qui était le moins cher pour TQS. 

 

Pourquoi ce type d’émissions porno n’existe plus?

(Photo : Prise 2)

C’est revenu sur Prise 2! Et on a quand même eu ça de 1986 à 2007, toutes les semaines, sauf lors des téléthons et des émissions spéciales de Noël. Il y a même eu des séries dérivées qui étaient présentées du lundi au vendredi. Mais la principale raison pour laquelle ça n'existe plus, c'est qu'avez l'arrivée du web, on n'avait plus besoin d'attendre jusqu'à minuit...!

 

Pour plus de détails sur le livre Bleu Nuit, histoire d'une cinéphilie nocture, c'est par ici. 

 

 

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